samedi 24 avril 2010

"T'as étudié à l'école Publique Marocaine ? T'es con alors !"


En parlant à une amie qui enseigne aux USA (que je salue au passage), elle me décrivait la réaction d'un diplomate Marocain aux USA lorsqu'il l'a entendu chanter l'hymne National Marocain.

La dame qui chantait le Manbita l Ahrar, a sursauté quand le Monsieur lui a dit : "Ça se voit que t'as été à l'école Publique toi".

Etudier à l'école Publique Marocaine est une sorte d'arriération. Il est vrai que l'école publique n'est plus ce qu'elle était, mais cette réaction est synonyme d'une chose encore plus profonde et plus grave : la stratification de l'identité marocaine.

La culture marocaine est un mixage entre différentes cultures : Arabes, Bérbères, musulmanes, juives, européennes...
Mais au sein même de cette culture il y a deux sous-cultures :

    1. La première qui sévit encore dans les hautes sphères de l'état est : Chkoune Bak (T'es le fils de qui ?) et qui entraine aussi vers d'autres identifications : genre t'as étudié à l'école française ou Marocaine ? Tes parents ont été suffisamment riches et influents pour te mettre à Descartes ou à Lyautée ?


  • Je me rappelle bien d'une journaliste du Monde qui la nommait :
    "Le Maroc d'en haut des salons feutrés de Rabat." Et elle ajoute : "le Maroc profond est à mille lieues des élites francophones de Rabat et Casablanca."
    Je me suis indigné à l'époque (dans l'article sur ce lien) de cette description, mais en réalité, je refusais de l'admettre car un étranger est venu critiquer mon pays, et il avait raison !

    1. Et puis, il y a la deuxième catégorie, la sous-catégorie : celle du Monsieur tout le Monde. Vous savez, ce Monsieur que vous regardez marcher dans la rue, un peu l'échine courbée en signe du "Je ne suis personne".





  • Une partie de la société qui en méprise une autre ou au moins qui y voit une infériorité. Un peu les castes indiennes à la marocaine : Etudier à la Mission ou à l'école marocaine. Et ne parlons pas de ceux qui n'ont pas eu l'occasion de faire des études !

    On est venu polémiquer sur la liberté des homosexuels au Maroc qui veulent afficher leur identité sexuelle sur la place publique (tout en sachant que même un hétéro n'y a pas droit) : un détail du détail d'une population qui en méprise une autre.

    Non pas celle de l'hétéro qui méprise l'homo (et qui à mon avis existe assez peu au Maroc), mais un mépris du Marocain envers son frère marocain.

    Le débat est rarement abordé sur la place publique : contrairement aux homos ou hétéros qui sont en friction idéologique et donc en contact, ces marocains d'en haut et Marocains d'en bas, ne se retrouvent même pas en contact pour polémiquer : Ceux d'en bas n'ont quasiment aucun accès à ces médias, et ceux d'en haut ne voient aucun intérêt à écrire pour ce type de lectorat qui a d'autres chats à fouetter que d'acheter ce magazine à 15 Dhs.

    Les médias marocains francophones sont quasi-exclusivement peuplés de ces enfants de la Mission. Ils regardent d'en haut ce Marocain bizzaroïde qui prend le grand taxi de Casablanca et le bus n°6 de Derb Chouhada (le Quartier des Martyres !).

    Si il s'amène pour afficher ses idées, il est du coup populiste et arriéré. Si par contre il réussit sa vie, c'est qu'il a volé ou est soutenue par quelqu'un d'en haut.

    Car, par définition, ce Marocain d'en bas ne peut pas réussir par lui-même : Soit c'est un autre Marocain d'en haut qui le soutient, soit il a volé ce qui appartient à un Marocain d'en haut.

    Pour y remédier ? il faut Beaucoup d'actions ! L'une d'elles et qui a le plus grand impact socio-psychologique rapide est l'intervention de la plus haute autorité Marocaine : Le Roi.

    Le Roi Mohamed VI sillonne le pays pour lancer des milliers de projets sociaux pour les pauvres. Rétablir les plus démunis dans la société semble être le maitre-mot de toutes les actions royales.

    Biensur, il y a le travail à long-terme qui consiste à rendre le système scolaire publique Marocain plus égalitaire et plus performant. Une justice équitable envers tous...

    Mais en tout, j'ai honte.

    J'ai même vu cette semaine un communiqué de presse de l'association Bayt Al Hikma, qui devrait revoir ses propos si elle veut garder ce titre d'Al Hikma (= la Maison de la "Sagesse") : elle est contre la surveillance des Missions étrangères, car pour elle, cela entraine une atteinte aux libertés individuelles -un épouvantail que l'on vous fera sortir à chaque fois pour vous faire taire- tout en sachant que les musulmans en occident sont fichés. Mais en même temps, ce même communiqué saute sur l'occasion pour accuser le système scolaire publique d'encourager l'intégrisme !

    Toujours le même discours : ce qui est occidental est bon et à préserver, ce qui est notre est mauvais et à délaisser.

    Un communiqué et un discours d'une grande ambivalence et ambiguïté auquel je n'ai même pas le courage d'y revenir !

    Le vrai danger pour le Maroc c'est cela : sous-catégoriser une partie de sa population qui la poussera à se défendre et à se renfermer. Une ghétoisation qui poussera aux actions réellement intégristes.

    Ce type de culture de ségrégation est pire que toutes les Menaces externes : au moins avec le polisario par exemple, nous savons qui fait quoi et qui est l'ennemi alors que l'ennemi est en nous.

    Comment voulez-vous construire l'édifice d'une entreprise qui s'appelle "Maroc", dont une partie des employés méprise une autre ?

    Ah oui, Le Maroc, qui s'en soucie ?!

    En revenant à ce Mr le Diplomate du Royaume du Maroc, je lui dis : "Tu as eu de la chance d'avoir devant toi une dame avec beaucoup de tact, devant un autre impulsif il t'aurait répliqué : et qu'est ce qu'elle a cette école Marocaine de si mal ? Sinon, moi, je t'aurai filé un coup de boule et à la case prison. Ou Bikhir !

    On ne vit qu'une fois, alors vivons Dignes.

    Reprenons notre Grand Taxi Blanc à 6 entre Marocains d'en bas et notre chemin, rien n'en vaut un si grand tapage.

    Et quand le peuple d'en bas se réveillera, le Maroc grandira ...-encore plus-

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